Aristide Caméléon est un
caméléon. Barnabé Papillon, lui, est un papillon. Et un
jour, Aristide et Barnabé se sont rencontrés.
Comme tous les caméléons, Aristide est très fier de sa
belle collection de couleurs qui lui permet de changer de tenue aussi souvent
qu'il le veut. Il traverse une plage, et le voilà tout jaune, comme le
sable. Il grimpe dans un arbre, et le voilà tout vert, comme une
feuille. Il saute sur un mur, et le voilà tout rouge, comme une brique.
Alors, quand il rencontre Barnabé Papillon, Aristide lui raconte tous
ses exploits et toutes les couleurs qu'il a portées ces jours derniers.
Barnabé ouvre de grands yeux et l'écoute attentivement. Ses deux
petites ailes s'agitent dans le vent et il est presque heureux.
Pas tout à fait cependant, car Barnabé le papillon garde un
rêve au fond de lui, un rêve qui le rend un peu triste. En effet,
lorsqu'il était petit, il n'était qu'une chenille, comme le sont
tous les enfants papillons. Il regardait les oiseaux, les fleurs et les autres
papillons, les grands, qui volaient dans le ciel. C'était le printemps
et tout était en couleurs. Une dame papillon passait et repassait devant
son nez, et Barnabé, émerveillé, admirait ses grandes
ailes teintées d'orange, de rouge et de noir. La dame papillon
était très flattée. Puis elle s'était posée
sur une fleur toute bleue, à côté de Barnabé qui
rampait tant bien que mal sur une feuille.
- " Tu sais, petite chenille, avait-elle dit, toi aussi, un jour, tu te
réveilleras avec des ailes magnifiques, comme les miennes ! Il te suffit
d'attendre un peu
"
Barnabé avait attendu. Et quelques
semaines plus tard, il s'était endormi dans un drôle de sac de
couchage, bien au chaud. Une chenille plus savante que lui, lui avait
expliqué que c'était une chrysalide et qu'il fallait dormir
longtemps dedans pour devenir un papillon. Alors, Barnabé avait dormi,
longtemps. Quand il s'était réveillé, il était
très impatient. Etait-il vraiment devenu un papillon ? Et, quel papillon
?
Vite, il avait poussé sa tête
hors de la chrysalide, puis ses pattes et tout son corps enfin. Quel changement
! Qu'elle était loin la petite chenille qui restait collée sur
les feuilles ou les tiges des plantes ! Barnabé, petit à petit,
s'était étiré, tout doucement. Ses ailes, lentement,
s'étaient déployées sur son dos. Tout excité, le
petit papillon avait tourné la tête pour les admirer. Et
là
quelle mauvaise surprise ! Ses deux ailes étaient bien
plantées sur son dos, mais elles étaient toutes grises, comme si
elles avaient été sales avant même de servir.
Malheureusement, quand on est papillon, on ne peut pas changer d'ailes comme
ça, et encore moins aller en acheter de nouvelles au supermarché.
Il avait donc bien fallu se résigner et apprendre à voler avec
ces deux horribles voiles grises qui rendaient Barnabé bien
malheureux.
Aristide Caméléon ne sait pas tout cela car le pauvre papillon
n'a jamais osé le raconter à personne.
Cependant, un jour, Aristide attrape une
drôle de maladie. Il ne sort presque plus de sa maison, ne voit plus ses
amis et préfère rester seul toute la journée.
Barnabé Papillon est inquiet. Cela fait des jours qu'il vole autour de
la maison d'Aristide, mais le caméléon ne se montre pas.
Enfin, un beau matin, Aristide appelle son ami. Barnabé, en le voyant,
comprend tout. Aristide n'a plus de couleur. Allongé sur un lit de
feuilles pourtant bien vertes, il est tout pâle, presque
transparent
C'est une maladie terrible pour un caméléon et
c'est pourquoi Aristide n'ose plus se montrer.
- " J'ai besoin de toi, dit Aristide à Barnabé. Il n'y a que
toi qui peux m'aider. Si les autres caméléons apprennent ce qui
m'arrive, ils se moqueront de moi pour le restant de mes jours. Moi qui
étais si fier de mes belles couleurs
"
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