C'est alors que se produisit une chose
extraordinaire. A peine avait-il terminé d'écrire que la gomme se
mit à tambouriner sur le bureau. Oh ! tout à fait
discrètement, mais dans le silence de la chambre, il l'entendit quand
même. Tout comme il remarqua les minuscules sauts de puce qu'elle
effectuait sur place. Thomas fut très surpris et même un peu
effrayé. Mais comme c'était un garçon courageux, il prit
la gomme entre ses doigts et la sentit bouger. On aurait dit qu'elle se
débattait! L'impression était tellement bizarre qu'il la
lâcha. Elle retomba sur le papier, juste à côté de la
phrase qu'il venait d'écrire. C'est à ce moment qu'il remarqua la
faute. Par habitude, il prit la gomme, effaça son erreur et la
remplaça par "Je me suis levé".
Aussitôt, et comme par enchantement, la
correction eut le don de calmer la colère de la petite gomme.
- "Mais elle est magique !" se dit Thomas à peine remis de ses
émotions. "Est-ce vraiment possible ?"
L'expérience demandait à être
vérifiée, et il la renouvela une, puis deux fois, en glissant
cette fois des fautes d'orthographes tout à fait volontaires dans ses
phrases. La même scène se reproduisit. D'abord des petits coups
sourds sur le bureau, toc ! toc ! toc ! puis cette drôle de danse que la
faisait la gomme pour être sûre d'avoir été
remarquée. Le petit garçon voulut savoir si elle était
aussi forte en calcul et il ne fut pas déçu. Elle ne se calmait
que lorsque le compte était bon.
Cela devint vite un jeu et, bientôt à court d'idées, Thomas
finit par piocher dans les devoirs qu'il avait à faire pour le reste de
la semaine. Personne ne le vit de toute la journée, et c'est en vain que
ses camarades l'attendirent sur le terrain de foot. Sa maman fut très
étonnée en rentrant le soir de le trouver à son bureau,
entouré de cahiers et de livres ouverts. Mais le plus surpris de tous
fut l'instituteur. En corrigeant les devoirs le lendemain, il s'aperçut
que Thomas, qui d' habitude n'était pas un très bon
élève, avait réussi tous ses exercices, et qu'en plus, il
les avait compris ! Le petit garçon garda jalousement son secret. Sa
gomme était magique et, oh merveille ! elle ne s'usait pas.
Quand arriva la fin de la semaine, il
retourna au grand magasin dans l'espoir de revoir l'homme en blouse verte qui
l'avait si bien conseillé. Il fit le tour des rayons à plusieurs
reprises sans le trouver, puis finit par demander :
- "Excusez-moi Monsieur, je cherche quelqu'un qui travaille dans ce
magasin et qui porte une blouse verte comme la vôtre..."
- "Et quel est son nom, mon garçon ?" interrogea
l'employé.
- "Je ne le connais pas, mais ce que je peux vous dire, c'est qu'il a une
mèche de cheveux toute blanche sur le haut du front."
- "Une mèche de cheveux toute blanche sur le front ? Il n'y a
personne ici qui soit coiffé comme cela !" fit-il en riant.
"Tu dois te tromper de magasin, fiston !"
- "Non, c'est bien ici ! Je l'ai vu et je lui ai parlé mercredi
matin quand je suis venu acheter ma gomme !"
- "Ecoute petit, cela fait exactement neuf ans que je travaille ici et je
peux t'assurer que je n'ai jamais vu, mais ce qui s'appelle jamais vu, l'homme
dont tu me parles. Une mèche blanche comme celle-là, je ne
l'aurais pas oubliée ! Désolé... "
L'homme reprit son travail tandis que Thomas,
très troublé, se dirigeait vers la sortie. Pendant quelques
temps, espérant malgré tout retrouver son précieux
conseiller, il accompagna sa maman lorsqu'elle venait faire ses courses au
grand magasin. Mais il ne le revit jamais...
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